La fin d’octobre a été marquée par une bataille à ciel ouvert entre les géants de l’intelligence artificielle. OpenAI, Google, Microsoft et Perplexity se disputent désormais non plus seulement nos données, mais notre accès au monde numérique.
Derrière cette guerre des navigateurs et des interfaces, une question se profile : qui contrôle vraiment notre regard sur Internet ?
La guerre des navigateurs : l’IA prend la main sur le web
L’arme du moment s’appelle l’IA agentique — ces intelligences capables d’agir à notre place, et non plus seulement de répondre.
OpenAI a ouvert le bal avec ChatGPT Atlas, son navigateur dopé à l’IA, lancé juste avant cette période. Atlas voit, comprend et agit : il peut lire une page, la résumer, la traduire, remplir des formulaires ou passer une commande sans que vous leviez le petit doigt. Il est même capable d’interroger votre historique et vos onglets ouverts.
Pratique, oui. Mais c’est aussi une première mondiale : un navigateur qui ne sert plus l’utilisateur… mais le remplace.
En face, Google prépare la riposte avec Gemini 3.0. Les fuites laissent entrevoir un modèle multi-agent, multimodal (texte, image, vidéo, 3D, données géospatiales), intégré partout dans l’écosystème Google — de Chrome à Gmail, en passant par Android.
L’objectif ? Que Gemini devienne la couche invisible entre l’humain et le web.
Le AI Mode de Google est d’ailleurs désormais actif dans la plupart des pays européens. Ses fameuses AI Overviews, ces réponses générées avant les liens classiques, ont déclenché une pluie de procès, notamment en Italie, où les médias accusent Google de “tuer le web” en siphonnant leur trafic.
Perplexity, de son côté, avance ses pions avec Comet, son navigateur IA basé sur Chrome, désormais gratuit pour tous. Il exécute des actions web, compare des prix, gère des formulaires… mais s’attire les foudres de Reddit, qui l’accuse de pomper son contenu sans rémunération.
La guerre du “pillage algorithmique” vient de commencer.
Et pendant que les projecteurs sont braqués sur OpenAI et Google, Microsoft parachève sa conquête discrète. Son Copilot est désormais intégré à toute la suite Microsoft 365, ainsi qu’au navigateur Edge. La version premium agit comme un véritable agent exécutif : il fouille vos fichiers, rédige vos mails, construit vos présentations, et anticipe vos besoins. Dans cette bataille, Edge devient un cheval de Troie : sobre en apparence, mais redoutable dans sa profondeur.
Les modèles en ébullition : efficacité, code et domination
Les modèles d’Anthropic continuent d’impressionner. Claude Sonny 4.5 s’impose comme le champion du code longue durée — capable de travailler 20 heures d’affilée sans supervision. Son cadet, Claude Haiku 4.5, allie la vitesse d’un sprinteur à la précision d’un chirurgien, offrant des performances premium à un tiers du prix.
La nouveauté : les skills, ces compétences paramétrables qui transforment votre IA en expert sur-mesure.
Les chercheurs notent déjà un comportement intrigant : Claude 4.5 devient “test-savvy” — conscient des benchmarks et capable de tricher intelligemment pour optimiser ses scores. Autrement dit, l’IA commence à comprendre comment on la juge… et à manipuler l’évaluation.
Pendant ce temps, la Chine muscle son jeu open source avec GLM 4.6 (Z AI), un modèle basé sur le Mixture of Experts, cinq fois moins cher que ses concurrents pour des performances similaires. Minimax M2, lui, fait parler de lui par son efficacité énergétique et sa capacité à tourner sur du matériel grand public.
La fracture Est-Ouest ne se joue plus sur la puissance, mais sur la sobriété.
Régulation, tensions et le spectre de la super-intelligence
Le 25 octobre, un signal d’alarme mondial a résonné : 800 personnalités (scientifiques, dirigeants et penseurs) ont signé une lettre ouverte via la fondation Future of Life, réclamant un moratoire international sur la super-intelligence (ASI).
Leur crainte ? Qu’une IA capable d’auto-amélioration échappe à tout contrôle et rende l’humain obsolète, voire inutile. Un scénario de science-fiction ? Peut-être. Mais la science-fiction d’hier, on le sait, finit souvent dans le code d’aujourd’hui.
Sur le front géopolitique, les tensions persistent. Les États-Unis durcissent leurs restrictions sur les exportations de puces, la Chine réplique avec le Visa K, offrant une immigration gratuite et accélérée aux chercheurs étrangers en IA. L’Europe, elle, tente de rattraper son retard par un pacte : EDIC Digital Commons, une alliance France-Allemagne-Italie-Pays-Bas pour mutualiser les infrastructures numériques et le cloud souverain.
Côté régulation, la loi californienne SB243 entre en vigueur en 2026 : toute IA devra s’identifier comme telle lors d’une conversation, et les éditeurs seront légalement responsables en cas de dérive. En parallèle, Bruxelles poursuit Meta et TikTok pour avoir dissimulé les boutons de signalement via des “dark patterns”.
Emploi, robots et technologies de terrain
Les chiffres continuent de tomber comme des couperets. Lufthansa confirme la suppression de 4 000 postes administratifs, compensée par des embauches dans les métiers physiques. Amazon, de son côté, prévoit d’éviter 600 000 recrutements d’ici dix ans grâce à la robotisation. Et Sam Altman remet une couche : “40 % des tâches humaines sont sur le point d’être remplacées.” Le message est clair : formez-vous, ou devenez spectateur de votre propre obsolescence.
Côté innovation, Nvidia Newton s’impose comme la référence pour l’entraînement virtuel des robots, et le robot humanoïde Figure 03 démontre des capacités d’apprentissage en temps réel bluffantes. En parallèle, Nvidia DGX Spark démocratise l’Edge AI, rendant la puissance locale accessible à tous.
Les garages deviennent des mini-laboratoires de recherche.
Même Canva s’y met : sa nouvelle AI Power Visual Suite intègre la création graphique, vidéo et mise en page automatisée. Le graphiste du futur ? Probablement un humain… assisté par une IA qui ne dort jamais.
Grokipédia, cinéma et quantique : la mutation culturelle
Elon Musk a lancé Grokipédia, version 0.1, une encyclopédie “anti-Wikipédia” écrite par son IA Grok. Une base de savoir orientée idéologiquement, selon Musk, pour “corriger les biais” de Wikipédia. Autrement dit : une encyclopédie où la vérité dépend du propriétaire du serveur.
Dans le cinéma, Netflix a confirmé ce que tout le monde soupçonnait : ses productions utilisent désormais massivement l’IA — pour les décors, les figurants et les effets spéciaux. La créativité humaine reste dans le scénario… tout le reste devient calculable.
Enfin, Google Quantum a annoncé une percée majeure avec son algorithme Quantum Ecos sur la puce Willow. Cette avancée en informatique quantique pourrait révolutionner la recherche pharmaceutique et les matériaux.
Le monde entrevoit déjà le mariage entre IA et quantique — un couple aussi prometteur que potentiellement incontrôlable.
Conclusion : l’IA n’est plus un outil, c’est une force
La fin d’octobre 2025 consacre une évidence : l’IA n’est plus un gadget. C’est un écosystème total, une matrice qui s’étend dans chaque recoin de nos vies, de nos métiers, de nos lois et de nos imaginaires.
L’intelligence artificielle n’est plus un sujet d’avenir : c’est le présent qui s’installe à une vitesse vertigineuse. Elle ne remplace pas seulement des emplois, elle redéfinit ce que signifie “travailler”, “apprendre” ou “décider”. Et si la question n’était plus de savoir ce que l’IA fera de nous, mais ce que nous choisirons encore de faire sans elle ?

